Les chercheuses et chercheurs de l’initiative K4DM seront à la Conférence sur le développement global (CDG) pour présenter leurs recherches sur les répercussions des changements climatiques dans les communautés du Myanmar à la frontière indo-birmane et au Bangladesh. L’événement CDG 2024 aura lieu à Suva, aux îles Fidji, du 26 au 28 novembre 2024 sur le thème « Synergies mondiales : stratégies de résilience climatique pour un avenir durable ». L’événement est organisé en partenariat avec l’Université du Pacifique Sud et le gouvernement des Fidji.

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မြန်မာဗားရှင်း

Finies les inondations, finie la magie!

Pendant des générations, les inondations annuelles pendant la mousson (yei gyi) sur les îles alluviales et les terres environnantes ont été un rythme magique de la nature nourrissant les communautés agricoles du Myanmar le long de la rivière Irrawaddy. La rivière apporte la vie. Elle dépose des sédiments riches en nutriments provenant de l’amont et régénère les terres, qui deviennent un sol fertile. Au lieu de craindre la montée des eaux, les habitants de leurs maisons sur pilotis accueillent avec enthousiasme les inondations annuelles. Ce mode de vie a soutenu les communautés, fournissant des récoltes abondantes et définissant le mode de vie agraire alluvial. Cependant, depuis 2015, les inondations n’ont pas réussi à arriver. Ce changement sans précédent marque la première rencontre tangible des communautés avec les changements climatiques. Sans les eaux de crue, le sol autrefois fertile est devenu improductif. Les agricultrices et les agriculteurs, désespérés de maintenir leurs rendements, ont emprunté massivement pour acheter des engrais et des produits chimiques coûteux, mais la production agricole continue de baisser, ce qui entraîne une dette croissante. Beaucoup ont dû quitter leur ferme pour chercher un emploi non qualifié ailleurs, parfois dans des conditions dangereuses. Lorsque le rythme écologique est perturbé, ses conséquences sont d’une grande portée. Témoins de la fin de cette « magie » naturelle, nous nous rappelons notre lien profond avec les écosystèmes et le besoin urgent de les préserver au milieu des défis plus larges des changements climatiques.


Zar Chi Oo
Regional Center for Social Science and Sustainable Development, Université de Chiang Mai, Thaïlande

Zar Chi Oo (Ma Oo) est une étudiante diplômée en sciences sociales, spécialisée dans les études du développement, au Regional Center for Social Science and Sustainable Development (RCSD) de l’Université de Chiang Mai, en Thaïlande. Sa thèse porte sur les modes de vie d’une communauté agricole alluviale vivant sur une île au milieu de la rivière Irrawaddy. Elle examine leurs modes de vie et leurs pratiques agricoles particulières, qui ont longtemps prospéré dans l’environnement agricole alluvial de la zone sèche centrale du Myanmar. Ses recherches portent également sur les changements agraires et les problèmes fonciers auxquels ces communautés sont confrontées dans un paysage fluvial en constante évolution. En fin de compte, son travail met en lumière la façon dont ces communautés agricoles alluviales, autrefois en harmonie avec le rythme de la rivière, naviguent dans les transformations environnementales et agraires. Ses recherches sont présentées dans le livre intitulé « Triple Crisis in Myanmar : Coup, COVID et Climate Change » (RCSD, Université de Chiang Mai).


Lisez le chapitre de Zar Chi Oo intitulé « Transition Within an Agrarian Transition: An Alluvial Farming Community On The Irrawaddy In Central Myanmar » dans le livre Triple Crisis in Myanmar : Coup, COVID, and Climate Change.

Zar Chi Oo’s chapter “Transition Within an Agrarian Transition: An Alluvial Farming Community On The Irrawaddy In Central Myanmar” in the book Triple Crisis in Myanmar: Coup, Covid, and Climate Change

Présentation de Zar Chi Oo, à la conférence du GDN

Watch The Lost Floods, a video produced by Zar Chi and colleague for the Korea-Mekong Video Contest @ALLUVIAPROJECT on YouTube.


Protéger la sagesse écologique ancestrale

Le long de la frontière indo-birmane, l’une des régions les plus diversifiées sur le plan biologique et culturel au monde, les changements climatiques remettent en question les formes de vie traditionnelles. L’équipe du projet Earthkeepers, du Highland Institute (Nagaland), collabore avec les communautés locales ici pour enregistrer les connaissances écologiques autochtones et les perceptions des changements climatiques pour soutenir la recherche sur la durabilité.

Les premiers résultats ont montré que certains villageois n’étaient pas conscients des changements climatiques à l’échelle mondiale, attribuant plutôt les variations météorologiques à la construction de routes ou de toits en tôle de nouveau style.

 La déforestation est endémique, et les villageois observent que la baisse du nombre d’arbres se traduit par une diminution des pluies.

 La croissance démographique et l’avancement du christianisme ont fait reculer les croyances animistes qui protégeaient les arbres et les bosquets que l’on croyait habités par les esprits. Certaines techniques agricoles traditionnelles sont défaillantes. Pour gérer le cycle agricole, les villageois ont souvent utilisé la position du lever du soleil par rapport à certains sommets des montagnes, mais avec des conditions météorologiques imprévisibles, cela n’est plus fiable. Dans le domaine des soins de santé, jusqu’à 30 % des habitants de la région consultent encore des guérisseurs autochtones, mais les herbes thérapeutiques deviennent plus difficiles à obtenir.

Crédit photo: Photos de chercheuses et chercheurs du Highland Institute (Kevisezo Khezie, Saktum Wonti)


Saktum Wonti
The Highland Institute, Inde

Saktum Wonti est une gardienne de la Terre. Avec ses collègues du Highland Institute du Nagaland, elle fait la chronique des connaissances écologiques traditionnelles et des répercussions des changements climatiques sur les communautés tribales le long de la frontière entre l’Inde et le Myanmar. Leur travail offre une vue de première main sur les problèmes auxquels sont confrontées les communautés tribales. Titulaire d’une maîtrise en anthropologie et issue elle-même d’une tribu, Mme Saktum a un lien personnel avec ses recherches. « La communauté à laquelle j’appartiens est l’une des tribus vivant le long de la frontière », explique Saktum. « Elle est confrontée à des défis résultant d’une frontière internationale imposée qui divise les familles et les villages et perturbe les traditions Naga liées au territoire. » Par exemple, il y a environ 200 villages Khiamniungan, dont 50 en Inde et 150 au Myanmar. Dans certains cas, les villageois ont des maisons en Inde alors que leur ferme ancestrale se trouve au Myanmar. La frontière, établie sous la domination britannique en 1826, a été imposée sans consultation des chefs de tribus. La restriction de la libre circulation dans les territoires tribaux ancestraux situés à cheval sur cette frontière a donné lieu à des luttes pour la préservation du territoire et des cultures. De nombreux villages ont été laissés pour compte, dépourvus de routes et d’équipements de base comme les marchés et les soins de santé, ce qui oblige les habitants à marcher pendant des jours pour acheter de la nourriture et se faire soigner. Saktum et le Highland Institute aident également à trouver des moyens de lutter contre les effets des changements climatiques. L’équipe travaille sur la conservation des aliments traditionnels en remplaçant les ingrédients actuels par ceux qui devraient être disponibles en 2050, en examinant les changements dans la cuisine et les régimes alimentaires et en collaborant à l’échelle internationale sur des questions touchant des régions critiques comme l’Himalaya, l’Arctique et l’Amazonie. Elle participe à des événements locaux comme le festival de la biodiversité, qui autonomise les femmes de diverses origines et favorise la biodiversité durable grâce à des activités comme la relance des cultures traditionnelles résistantes au climat et l’échange de semences provenant de différentes régions, contribuant ainsi à la conservation de diverses variétés de plantes et à l’échange du savoir autochtone traditionnel.


Pour en savoir plus, lisez l’article Visionaries shaping a new Myanmar, publié dans le magazine Asia Research News.


Présentation de Saktum Wonti, à la conférence du GDN


Vagues de résilience : la bataille d’une communauté contre les changements climatiques

Les pêcheuses et pêcheurs de Kutubdia Upazila, à Chittagong, au Bangladesh, mènent une vie façonnée par des difficultés incessantes. Chaque matin à l’aube, elles et ils mettent les voiles, la peau altérée par les vents salés, marquée de brûlures et d’éruptions cutanées. Armés uniquement de bateaux en bois, ils et elles bravent des mers dangereuses, en quête de poisson pour nourrir leurs familles, risquant tout sans gilets de sauvetage ni instruments technologiques modernes. Lorsque des cyclones et des inondations frappent, leurs maisons sont réduites à néant, ce qui met en évidence leur vulnérabilité aux changements climatiques. À mesure que le niveau de la mer s’élève, leurs luttes s’intensifient, mais elles et ils ne reçoivent aucun soutien, formation ou système d’alerte pour les protéger. Le voyage vers la ville de Chittagong est périlleux; il n’y a pas de ponts, ce qui les oblige à traverser des eaux turbulentes pour faire des affaires et obtenir des soins médicaux. Les installations de base comme les stations terrestres et les centres de pêche sur glace sont absentes, ce qui les laisse dépendants et dépendantes d’horaires de bateaux incertains pour vendre leurs prises. Ce n’est pas seulement une histoire de lutte; c’est un appel au changement. Les pêcheuses et pêcheurs de Kutubdia méritent des pratiques durables, de meilleures ressources et une voix dans le récit de la résilience. Leur force est remarquable, mais leur fardeau est trop lourd pour qu’elles et ils puissent l’assumer seuls. – de Mme Sadia Salim

Crédit photo : Mme Sadia Salim, agente de développement communautaire, 3CEH, AUW


Md. Akib Jabed au Marché aux connaissances de 2024 de l’initiative K4DM à Chiang mai, en Thaïlande.

Md. Akib Jabed
Center for Climate Change and Environmental Health, Asian University for Women, Bangladesh

Md. Akib Jabed est coordonnateur de la recherche et du développement des capacités au Center for Climate Change and Environmental Health de l’Asian University for Women (3CEH). M. Jabed est titulaire d’une maîtrise de l’Université de Chittagong et de l’Université Erasmus de Rotterdam. Il s’intéresse particulièrement à la recherche liée aux répercussions des changements climatiques, aux questions environnementales urbaines, aux solutions basées sur la nature, à la santé publique et à la gestion des ressources en eau. Au centre 3CEH, les chercheuses et les chercheurs étudient les menaces des changements climatiques en Asie, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, en mettant particulièrement l’accent sur l’autonomisation des chercheuses. 


Regardez la vidéo réalisée par Mme Tahiya Tasnim, adjointe de recherche (universitaire), 3CEH, AUW.

Lisez le bulletin d’information Voices of Resilience pour en apprendre davantage sur leurs recherches à Cox’s Bazar, le plus grand camp de réfugiés au monde, qui abrite près d’un million de réfugiés.

Read Voices of Resilience newsletter and more about their research at Cox’s Bazar, the world’s largest refugee camp, home to almost 1 million refugees.

Pour en savoir plus sur le K4DM, envoyez un courriel à myanmar@crdi.ca

Pour en savoir plus sur la conférence : https://www.gdn.int/global-development-conference-2024